Friday, July 23, 2010

Réduction des émissions de CO2 à l’horizon de 2050 : le scénario idéal de l’AIE

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Le 8 juillet 2010, l’Agence Internationale de énergie (AIE) a présenté au Ministère de l’écologie, de énergie, du Développement durable et de la Mer son rapport « Energy Technology Perspectives » (ETP) 2010.

Tous les deux ans, l’AIE publie un rapport sur les scénarios et les stratégies énergétiques envisageables à l’horizon 2050, en mettant l’accent sur les meilleurs technologies disponibles afin de réduire les émissions de CO2 dues à l’énergie.

Selon le rapport, la réduction de l’émission de CO2 à l’horizon de 2050 nécessite la mise en place d’une nouvelle feuille de route dit la « Blue Map ». Afin d’atteindre un objectif ambitieux qui est la réduction des combustibles fossiles de 81% à 46%, ce plan préconise aux gouvernements, aux industries et aux autres acteurs économiques mondiaux de s’engager, notamment, dans la voie de l’énergie nucléaire et des énergies renouvelables, les deux principaux vecteurs de réduction des émissions.

S’agissant de l’énergie nucléaire, la « Blue Map » prévoit que cette dernière devra représenter 24% de la production mondiale totale d’électricité en 2050, soit une hausse de 10% par rapport à la part actuelle (14%). Pour ce faire, 30 nouvelles centrales nucléaires devraient voir le jour dans le monde chaque année…Selon l’AIE, il n’y a pas besoin d’un saut technologique majeur pour atteindre le niveau de développement de nucléaire envisagé. Le défi majeur réside dans le financement de la construction de centrales nucléaires nouvelles. Par ailleurs, des progrès dans la mise en œuvre de plan de stockage de déchets hautement radioactifs sont également vitaux.

S’agissant des énergies renouvelables, la part de celles-ci dans la production totale d’électricité devrait augmenter de 18% à 50% en 2050 (dont 11% pour le photovoltaïque). A ce titre, l’AIE constate que les investissements de production électrique d’origine renouvelables, soit l’énergie solaire, éolienne, hydraulique, les biomasses et les énergies géothermiques, ont chuté d’au moins 1/5 en 2009, à moins de 70 milliards de dollars. La chute aurait été de 30% sans les dépenses des plans de relance économique. Ainsi, atteindre les objectifs de l’AIE en matière d’énergies renouvelables nécessitera une politique active de la part des Etats pour bâtir un cadre de confiance pour tous les acteurs (investisseurs, industriels, développeurs,…).

L’augmentation de la part des énergies renouvelables et de l’énergie nucléaire dans la production totale de l’électricité mondiale s’accompagnera, en contrepartie, d’une baisse dans l’utilisation des combustibles fossiles. Selon le rapport, les demandes mondiales pour le charbon et le pétrole baisseront, respectivement, de 36% et de 27%. Dans les Etats membres de l’OCDE (Organisation de Coopération et de développement Economique), la prévision de la baisse de la demande des combustibles fossiles est plus significative : 51% pour le charbon, 51% pour le pétrole et 63% pour le gaz naturel.

L’amélioration de « l’efficacité énergique » ne sera pas faite uniquement par le biais d’un choix stratégique des sources d’énergie alternatives, mais également par l’amélioration des moyens de production et de distribution de celles-ci. Ainsi, le rapport préconise l’utilisation de « Smart grid » qui est un réseau de distribution d’électricité « intelligent » qui utilise des logiciels afin d’optimiser la production et la distribution de l’électricité en prenant en compte l’offre et la demande. Cette nouvelle technologie devrait économiser l’énergie et réduire les coûts de celle-ci.

Enfin, s’agissant de l’utilisation du pétrole dans les transports dans les Etats membres de l’OCDE, celle-ci devrait baisser de 60% selon les estimations de la « Blue Map » avec l’intégration progressive sur le marché du véhicule électrique et du véhicule utilisant l’énergie renouvelable.

Cependant, certaines incertitudes demeurent quant à la faisabilité de la « Blue Map ». Ces incertitudes résident principalement dans le coût considérable de sa réalisation estimé à 46 milliards de dollars. Certes, le retour sur investissement, résultant des économies liées à la baisse de l’utilisation du pétrole, est estimé à 112 milliards de dollars. Cependant, ce chiffre n’est qu’une estimation basée sur un « scénario idéal »! D’ici là, l’évolution de la conjoncture économique et industrielle ainsi que l’épuisement progressif des ressources naturelles contraindront, sans doute, l’AIE à revoir ses estimations.

Enfin, même si nous arrivons à tenir les objectifs de la « Blue Map », en 2050, selon les prévisions de l’AIE le pétrole devrait toujours représenter encore 46% de la demande en énergie primaire.
Or, selon la BP Statistical Review of world Energy 2007, c’est précisément à cette date que le pétrole aura disparu, sous sa forme actuelle…